Les accommodements raisonnables

Je vous fais part d’une étude menée par la commission des droits de la personne et de la jeunesse du Québec entre 2000 et 2005. Voici les résultats :

  • 85 plaintes pour motifs religieux reçues en 5 ans

  • 30 parmi les 85 plaintes concernent des demandes d’ordre religieuses 

  • 16 plaintes de la part de Chrétiens

  • 8 de la part de musulmans 

  • 6 de la part de Juifs 

À la lumière de ces chiffres, il est évident que ces résultats démystifient certaines croyances selon lesquels les demandes d’accommodements de motif religieux seraient l’apanage de minorité ethnique et particulièrement musulmane et, d’autre part, fait ressortir le caractère anecdotique de ces demandes. S’agissant de faits anodins bien isolés, une myriade d’interrogations se pose quant à la légitimité et la nécessité de mobilisation d’une armada de journalistes et de citoyens. 

Ne s’agit-il pas d’une dérive médiatique ? Ne s’agit-il pas d’une boursouflure médiatique ?  Ne s’agit-il pas d’un excès de zèle, de certains politiciens en mal d’évènements à exploiter pour se bâtir une marque de commerce à bon compte ? 

Certains soutiennent la nécessité d’un tel débat. En ce qui me concerne, il constitue une opportunité à madame et monsieur tout le monde de s’exprimer, opportunité qui ne lui est plus donnée par la classe politique qui s’est accaparée le droit de parole, le droit au monologue. Aussi, le risque de défoulement pourrait conduire à la manifestation des émotions et des craintes généralement non fondées uniquement. Il n’y a pas de place au dialogue, il n’ya pas de place au rationnel. Il y a simplement un épanchement de perceptions et d’émotions. Nous sommes dans le viscéral. 

Relativement aux signes religieux sur la place publique, je ne perçois aucunement l’impertinence, et encore moins la gravité éventuelle de leur présence. Franchement, en quoi la croix sur le Mont-Royal ou sur le Mont Saint-Hilaire dérangerait ou offusquerait qui que cela puisse être ? Une croix, pour me limiter simplement à cet exemple, ce n’est pas un signe religieux exclusivement. C’est d’abord, et aussi, un objet historique, culturel et social. C’est un pan de l’histoire du Québec. C’est un élément du patrimoine collectif. Il a sa place et il n’y a aucune raison de vouloir l’enlever. De même, je trouve très déplacé de remettre en cause l’existence d’un sapin de noël dans une aire commerciale. Un tel arbre est surtout un outil de promotion et de vente. Aussi, il serait temps de renouer avec le gros bon sens : « Il faudrait faire la part des choses. Un arbre de noël est tout simplement un arbre de noël que les enfants de toutes confessions et de toutes origines apprécient grandement !».

Par ailleurs, dire à une personne d’ôter son voile ou sa petite croix est un geste d’intégrisme au même titre que vouloir forcer une autre personne à porter un voile. Il ne faudrait pas imposer un intégrisme laïc sous prétexte de combattre ou de freiner des comportements qui ne conviendraient pas à notre perception et à nos valeurs qu’on impose comme étant communes et universelles. À titre d’exemple, porter un foulard ne contrevient aucunement à la loi.

Alors, quelle est cette loi qu’on chercherait à imposer ? Que fait-on de la liberté de conscience et des droits individuels ? S’agirait-il alors de concepts à géométrie variable ? Ne risquerait-on pas d’ouvrir la boîte de pandore qui dynamiserait toutes les dérives potentielles, de la simple expression de la xénophobie au racisme de type nazi ?

A titre d’exemple, j’ai été bien troublé par les applaudissements des participants à une séance de la commission lorsqu’un intervenant avait osé clamer tout fort : « Je suis un raciste !». Nous sommes dans un environnement qui n’aurait rien à envier au grand moment de la montée du fascisme hitlérien, prélude à l’holocauste de millions de personnes. 

Certains affirment vouloir tisser des liens, bâtir des ponts. Bâtissons sur ce qui nous rapproche au  lieu de vouloir s’évertuer à nous exclure sur la base de différences, de l’accent, voire même du faciès.  Le délit de faciès n’est pas bien loin dans la mesure où on fait des procès d’intention pour des femmes qui voteraient voilées alors qu’aucune musulmane n’a demandé à voter la face voilée ! On fait des procès d’intention. On joue à la vierge offensée en adoptant des chartes de vie qui interdiraient la lapidation et le port du voile, comme s’ils s’agiraient là de pratiques courantes dans les communautés musulmanes.

De même, l’ensemble des politiciens québécois, et canadiens, en mal de course aux votes populistes, surfent sur des perceptions montées de toutes pièces ! En fait, on fait du millage sur des immigrantes, et des immigrants musulmans. On tient en otage une des communautés les plus éduquées du monde occidental ! On se créé une vertu de démocrate, d’égalitariste, de progressiste pour culpabiliser l’autre, et le contraindre à se taire ! Bref, l’immigrant doit se limiter à être une force de travail. Point final !   

Aussi, évitons de nous enfermer dans une dynamique d’action réaction mais allons au fond du problème, c’est-à-dire de combattre l’intolérance, l’ignorance et, en un mot, rapprochons les différentes solitudes. Un vigoureux processus de connaissances de soi et des autres contribuera certainement à mettra un frein au processus d’hostilité autistique qui s’alimente de l’ignorance et de la méconnaissance de l’autre.

Cessons de caricaturer l’Autre car, ce dernier ne peut faire le lit de tous les politicards en mal de visibilité ! 

N’instrumentalisons pas l’immigrant musulman dans une lutte de pouvoir interne ! 

Le musulman est le carburant de l’expropriation de ses richesses énergétiques par une certaine administration.  Devrait-il être aussi le ciment d’une recherche d’identité mise à mal par la mondialisation et l’impérialisme culturel américain, et anglophone en général ? 

Sur ce plan, les médias gagneraient en objectivité et en limitation de leurs recherches continuelles de sujets instrumentaux qu’elles exploitent à des fins commerciales et de scandales exclusivement. Les médias assumeraient ainsi leur noble mission de responsabilité sociale en ouvrant toutes les communautés, les unes aux autres, au lieu de se limiter de crier au loup. Il faudrait surtout veiller à contredire le dicton : « Médisons ! Médisons ! Il en restera toujours quelque chose ! » 

par Zaki Belkaloul, 15 janvier 2007

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