Notre présence en Afghanistan

Nous assistons, de plus en plus, au rapatriement du corps d’un soldat canadien tombé, au champ d’honneur, en Afghanistan. 

De plus en plus, nous voyons le cercueil enveloppé de la feuille d’érable entouré de militaires, de dignitaires et surtout de membres de la famille du disparu, drapés dans la dignité, le recueillement, la grande douleur, et le désespoir d’un départ sans retour. 

Gloire à notre Mort ! Gloire à notre Héros ! Gloire à sa bravoure ! Que le Royaume des Cieux l’accueille dignement ! 

Cependant, le départ du Grand Guerrier, aussi volontaire qu’il puisse être, m’interpelle. 

Le Disparu laisse derrière lui une mère, un père, très souvent une épouse, et souvent un ou des enfants tristes, silencieux. Ils n’ont pas de larme. Le silence est leur pleur. Leur cœur saigne. 

Ils ont acceptés, et consentis, le sacrifice suprême pour que des femmes, et des hommes se lèvent et se tiennent debout, libres. 

Leur héros a payé de son sang la libération du Peuple Afghan et l’avènement d’une démocratie juste et universelle. Il a eu droit à un enterrement national, aux sons du tambour, de la sonnerie aux morts et de l’hymne ‘‘ Ô Canada !’’    

Leur héros a payé de sa vie l’idéal de liberté, de solidarité et de fraternité. 

Mais, hélas, le grand départ, sans retour, du Grand Guerrier, n’est il pas un vain sacrifice ? 

Tous nos morts, nos veuves, nos orphelins, ne sont ils pas une offrande innocente à Mars, le Dieu de la guerre ? 

Ne les avons-nous pas sacrifiés innocemment par obéissance aveugle aux desideratas  de la première puissance militaire mondiale et par ralliement émotionnel à une équipe de faucons à la recherche de consolidation de leur empire et de leurs seuls intérêts géo stratégiques, économiques, de classe, voire de cliques et personnels ?   

Ne serions nous pas, malheureusement, forcés de constater, avec le Conseil de Senlis, un groupe qui milite en faveur de la culture légale du pavot en Afghanistan, que les Talibans gagnent du terrain. Ces derniers sont aussi en train de gagner la guerre des ‘‘cœurs et des esprits’’. ‘‘Ils réussissent à convaincre la population afghane que la communauté internationale n’est pas ici (en Afghanistan), pour l’aider, mais pour atteindre ses propres objectifs’’ (La Presse, Jeudi 22 novembre 07, ‘‘Rapport du Conseil de Senlis sur l’Afghanistan’’). 

Plus même, les Talibans risquent à plus ou moins brève échéance de reprendre le contrôle de ce pays, leur pays. Ils sont même perçus, de plus en plus, comme l’expression du nationalisme, du patriotisme et de l’Islam bafoué, face à l’invasion de leur pays par des armées étrangères. 

Toute présence d’une armée étrangère dans un pays et toute ingérence dans les affaires de ce dernier entraînent naturellement, et logiquement une résistance armée. C’est cela l’expression saine du patriotisme. Effectivement, je trouve que la présence de l’OTAN en Afghanistan relève de l’ère de la canonnière et du colonialisme. 

En effet, les troupes de cette dernière se sont retrouvées dans ce pays à la suite des événements tragiques du 11 septembre. 

Cependant, il conviendrait de rappeler que le pouvoir des Talibans a été mis en place, soutenu et protégé par les USA et leurs alliés, l’Arabie et le Pakistan. 

Il conviendrait de rappeler aussi que des aides financières américaines et des émissaires américains rencontraient des dignitaires du régime des talibans à la veille même du 11 septembre.Il serait aussi pertinent de penser que rien, à date, ne prouve que l’Afghanistan, et encore moins les Talibans, soient derrière les événements du 11 septembre. 

Trouverions nous plausible la préparation des événements du 11 septembre par des talibans, et même par la nébuleuse Al-Quaida, une organisation digne des ouvrages de sciences fictions et des théories managériales les plus modernes, alors que ces talibans, et l’Afghanistan, étaient toujours plongés dans une période plus sombre encore que l’ère médiévale ? Aussi, sortons du paradigme de la vérité unique dans lequel toute l’idéologie dominante, et sa presse toute dévouée, veulent nous confiner ! 

Sachons donc reconnaître que l’occupation de l’Afghanistan, sensée démocratiser ce pays et libérer son peuple répondrait, en fait, à d’autres motivations plus géostratégiques et plus intéressées, telles que : 

  • le contrôle des gisements pétroliers de la mer Caspienne et de sa région,
  • la sécurisation de pipe lines et de gazoducs à faire passer par l’Afghanistan 
  • le positionnement stratégique des USA et de l’OTAN aux portes de la   Russie, de l’Inde, du Pakistan et de la Chine et de pays musulmans de l’Asie centrale 
  • l’encerclement de l’Iran, de ses gisements de pétrole et de gaz, plus spécifiquement, pris en tenaille entre les troupes US stationnées en Irak et en Afghanistan; etc… 

De même, reconnaissons que l’occupation de l’Afghanistan était simplement un prélude à la justification de l’invasion de l’Irak, ce pays qui flotte sur une mer d’huile. Reconnaissons aussi que l’occupation de l’Afghanistan et de l’Irak et, probablement le bombardement de l’Iran auront comme résultat la consolidation de la main mise sur les sources d’énergies de toutes ces régions ressources pour le seul Bien de l’Empire pour qui tout pays qui ne le sert pas est un État voyou, pour cet Empire qui s’arroge l’arrogance de qualifier l’Autre de Mal. 

 Aussi, que les USA et l’OTAN massent leurs troupes, pour atteindre leurs objectifs, cela est normal dans leur logique impérialiste. 

Mais que le Canada, un pays dont l’Histoire, les valeurs, l’image, la philosophie et les politiques sont de propager, et de protéger la paix et les droits de la personne à travers le monde, cela est non seulement une décision irrationnelle, mais surtout une erreur inacceptable et encore moins excusable. 

De même, tout comme le Canada, le Québec ne pourrait souffrir d’une telle dérive aventurière. 

En effet, il ne faudrait jamais oublier que le Peuple Québécois a souffert, dans sa chair, la colonisation, la domination et la tentative prédatrice, toujours agressive, de dépossession de sa culture, de sa personnalité, de son âme même. 

Rappelons nous donc la devise du Québec : ‘‘Je me souviens’’. Je me souviens de ma nécessaire solidarité et fraternité avec tous les Damnés de la Terre, famille dont je faisais partie. Je me souviens, j’assume et je ne renie aucunement mon statut de ‘‘Nègre blanc d’Amérique’’  Aussi, la place des militaires du Canada est là où flotte le drapeau de l’ONU car les militaires canadiens doivent toujours demeurer les bâtisseurs de la paix et non pas les complices d’une guerre impérialiste programmée. 

Ce dont a besoin l’enfant et la femme afghans, c’est le pouvoir du modèle de références et non pas les dommages collatéraux ! 

Pour finir, rappelons simplement que la démocratie ne s’impose jamais par la volonté des envahisseurs, aussi vertueux qu’ils puissent être ! 

par Zaki Belkaloul, 15 avril 2008 

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